Accueil 2°Guerre mondiale L’art de la tangente (2)

L’art de la tangente (2)

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  1. Calculs de l'observation axiale des valeurs de bondCes pages de cahier d’écolier, écrites de la belle écriture de mon père montrent l’application et l’intérêt avec lesquels il a suivi les cours. Comme ce cahier m’est parvenu en entier, je suppose que mon père l’a gardé avec lui depuis son passage à Fontainebleau jusqu’à la fin de la guerre, et encore après au cours des déménagements et des rangements qu’il a dû effectuer dans ses affaires personnelles. Il ne s’en est jamais séparé et ce seul fait est parlant. Bien sûr, il a dû s’en servir pendant les premières séances d’entraînement au tir. Je suppose qu’ensuite, rapidement, il n’en a plus eu besoin et qu’il a vite assimilé les diverses façons de faire les réglages sur les canons, connaissant leur portée, leur puissance de tir et sachant calculer vite et bien les coordonnées de tir. Pendant le conflit, il a passé son temps à effectuer des tirs, avec l’aide de ses servants. Il a dû rapidement devenir expert en la matière,gagnant en rapidité et en précision. Il n’en parlait guère. Contrairement à ceux qui voyaient leur cible – vivante- et ajustaient leur tir en fonction, il voyait rarement les siennes, sinon à la jumelle. Il ne voyait pas la plupart du temps les dégâts causés par les tirs, les destructions et les morts, fatalement les morts bien sûr. De cela non plus il ne parlait jamais. Sauf une fois, mais cette relation viendra plus tard dans notre petite histoire.
Préparation expérimentale

Préparation expérimentale

Je l’imagine dans une salle, comme une salle de classe. Les hommes sont studieux. Il est attentif, concentré et veille à bien faire. La vie à Fontainebleau est relativement calme et intéressante pour lui. Il mange bien, noue des amitiés solides avec certains de ses camarades. Il a quelques distractions, notamment des permissions qui lui permettent d’aller visiter sa famille à Paris, surtout sa soeur aînée et son beau-frère. Ma tante a toujours été pour lui un soutien affectif et moral important. Elle s’est beaucoup occupée de lui dans son enfance, surtout au moment du divorce de leurs parents. Toute sa vie, elle lui a témoigné un attachement sans faille. Et là, dans ces circonstances, elle veille à lui procurer l’affection dont il manque. Sorties et bons repas sont au programme et mon père profite de ces éclaircies dans sa vie militaire.

Mais ce répit n’a qu’un temps…bientôt les permissions sont supprimées. Il ne peut plus se rendre à Paris, et pour compenser, sa soeur et son beau-frère viennent le voir à Fontainebleau et l’emmènent dans le joli village de Saint-Mammès où la famille de son beau-frère tient un restaurant.

Le village est agréable, au confluent de la Seine et du Loing; après le repas au restaurant, la famille a dû se promener le long des quais du petit port, sur les chemins de halage, profitant de ce temps qu’ils passent ensemble. Avec le recul, je sais que ce sont là les derniers moments de bonheur familial, calmes et paisibles que mon père s’offre avant de longues années pendant lesquelles il aura tout le temps de les regretter.

Sont-ils inquiets? Probablement, ils doivent suivre de près la progression des armées allemandes. Ils s’alarment aussi certainement de l’attentisme français.

Mais mon père, mieux renseigné à Fontainebleau, commence à prendre ses marques et à échafauder des projets, certes au début de vagues projets, et pourtant. Il se trouve que la famille de son beau-frère connait un couple qui a une voiture que personne ne conduit, le mari étant mobilisé. Je pense qu’à partir de ce moment, il bâtit son plan, et que cette voiture en fait naturellement partie.

Et bientôt, tout se précipite et c’est le début de l’exode. Les élèves officiers de Fontainebleau contemplent impuissants le triste spectacle des familles qui fuient l’avance allemande, les grands tombereaux des plaines du nord chargés de meubles, de gens, d’enfants, traînés par des chevaux lourds. Un flot humain continuel s’écoule, désordonné et misérable.

A la caserne, les officiers supérieurs annoncent que ceux qui ont des voitures peuvent faire le plein d’essence avant de charger le maximum de matériel militaire pour évacuer la caserne à Poitiers où existe un centre équivalent.

A partir de ce moment, tout va s’enchaîner avec une extraordinaire rapidité, et mon père va se lancer dans l’aventure la plus extravagante et la plus chaotique de sa vie.

 

Etude du tir fusant

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Photo 3° R.A.C.